Le Grand Bâtisseur

Ahmadiyya

06.03.09

Bismillah ir rahman ir rahim

Le Grand Bâtisseur
Adapté d’un article paru dans le Review of Religions de février 2002

Le 20 février 1886, le Messie Promis Hazrat Ahmad(as) envoyait la bonne nouvelle à plusieurs journaux : la prophétie concernant la naissance d’un Réformateur Promis ‘le Musleh Ma’oud’ qui naîtrait dans la famille de Hadhrat Mirza Ghulam Ahmad de Qadian, Massih et Mahdi de l’époque. C’est suite à une retraite de quarante jours dans la méditation et la prière que le Messie reçut cette annonce divine et pour célébrer la promesse divine ; il l’annonça au monde entier afin qu’on puisse témoigner de sa véracité.

Le Musleh Ma’oud, Hadhrat Mirza Bashiruddin Mahmoud Ahmad, le second calife de la communauté Ahmadiyya avait un charisme extraordinaire. Tout en lui était divinement inspiré car de sa naissance à sa mort, il fut sous la protection divine et fut l’instrument d’Allah pour promouvoir l’Islam et l’adoration du Dieu unique.

Pour ceux qui connaissent son parcours, il commença dès un jeune âge à faire preuve d’un esprit combatif ; à dix-sept ans il mit sur pied une équipe connue sous le nom de Majlis Tasheezul Azhan qui fut plus tard donné à leur première publication. Déjà, c’était un meneur d’hommes et ses initiatives le faisaient briller aux yeux de la communauté et il enchaîna en 1913 avec le célèbre quotidien Al Fazl qui devint le journal officiel de la djama’at. Entretemps, en 1908, la mort de son père, le Messie Promis Hadhrat Mirza Ghulam Ahmad(as) laissa la communauté dans un profond sentiment de perte mais debout devant la dépouille paternelle, conscient du poids des responsabilités qui reposaient sur ses épaules et sur tous ceux qui soutiennent la mission divine du Messie, il jura que même seul et abandonné, il honorera la mission du Messie avec l’aide d’Allah ; Il n’avait que 19 ans.

Ce n’étaient pas des temps de paix parce que des forces négatives minaient la fragile trame de la communauté mais le Musleh Ma’oud resta vigilant et à l’âge de 25 ans en 1914, il succéda à Hadhrat Maulvi Hakim Nooruddin à l’office de Calife. Son jeune âge et son ‘inexpérience’ selon certains n’étaient pas à son avantage et ils refusèrent de prêter le serment d’allégeance (le Bai’at) à ses mains, se dissociant ainsi de la communauté pour former les ‘Lahori’. Qu’à cela ne tienne! Ses détracteurs n’eurent pas longtemps à attendre pour voir la communauté se transformer en une organisation bien rôdée et huilée sous la férule de ce jeune homme pas comme les autres.

Comment le Musleh Ma’oud est-il parvenu à un tel accomplissement ? La réponse se trouve dans l’aide divine qui ne cessa de se manifester pour éloigner les obstacles et pour ouvrir des avenues jusqu’ici fermées à l’Islam. Pour accomplir l’œuvre du Messie, il termina la construction du Minarat-ul Massih, commencée du vivant du Messie Promis (as) et ce minaret blanc sera le symbole de la lumière spirituelle qui allait jaillir d’un coin perdu du monde pour éclairer la terre. Sa deuxième grande démarche fut surtout et avant tout la propagation de l’Islam et il mobilisa les intelligences et les efforts à cet effet. Vers 1922, l’Assemblée Consultative (Shura) fut déclarée permanente et cette injonction coranique qui est d’une grande sagesse fut réglementée, codifiée et adoptée. A part l’institution du Califat, il n’y a aucune autre institution qui revêt une aussi grande importance dans la communauté.

A partir de là, d’autres organisations auxiliaires vont voir le jour et la Lajna Imaillah sera créée en 1922 bien avant les autres majlis. Toujours préoccupé par la propagation, le Musleh Ma’oud mettra sur pied la Jamiah Ahmadiyya, école de formation pour missionnaires. Cette Jamiah sera et reste le passage obligé pour tous ceux qui veulent dédier leur vie à la religion. Aujourd’hui, à cause des problèmes pratiques que nous rencontrons dans certains pays pour former des missionnaires, on essaie de décentraliser en créant d’autres Jamiahs.

Pour le bien-être de la communauté dans un pays où les mœurs tenaient encore de l’obscurantisme, le Musleh Ma’oud créa un système judiciaire conforme à l’Islam, le Dar-Ul Qadha, justifiant une fois de plus le choix de Qadian (le village des Qazi) dans cette grande entreprise divine. Pour les femmes, il fonda le Nusrat School dans le but d’initier les dames à la lecture, à l’écriture mais surtout à l’autonomie.

Le Musleh Ma’oud, Hadhrat Mirza Bashir-ud-din Mahmoud Ahmad était, par la grâce d’Allah, une source d’inspiration constante pour la communauté. Il guidait la communauté vers le progrès tout en servant l’Islam avec un zèle sans bornes. Il ne laissait rien au hasard et répondait coup pour coup comme ce fut le cas du ‘Suddi Camp’ : Les ahmadistes déployèrent un tel zèle et une telle combativité au cours de cette campagne de propagation qu’ils enrayèrent la conversion des Musulmans à l’Hindouisme et inversèrent la tendance. Même les journaux en parlèrent :
‘Le zèle et l’enthousiasme des prêcheurs ahmadistes dans cette campagne sont tout simplement sublimes et digne d’éloges ; chaque Musulman doit se sentir fier de cela.’(The Daily Zamindar, Lahore, 24 janvier 1923.
Ce zèle leur donna des ailes et bientôt nos colombes de la paix volèrent dans le ciel londonien pour la Grande Conférence des religions qui se tenait à Wembley. Le Musleh Ma’oud fut le premier Calife à sortir des frontières de l’Inde pour porter en Europe le message de l’Islam. Son discours qui paraîtra plus tard sous le titre ‘Ahmadiyyat or the true Islam’ (l’Ahmadiyyat ou le vrai Islam) sera lu par le non-moins illustre Hadhrat Chaudry Zafrullah Khan(ra) qui était lui aussi un instrument d’Allah dans l’établissement de la vraie religion.

Bien que apolitique, le Musleh Ma’oud(as) avait un sens inné de la justice et sa proximité avec Dieu lui donnait une connaissance intuitive et éclairée de la chose politique. En 1930, aussi loin que remonte le problème du Cachemire, les chefs musulmans firent appel à lui et Allama Iqbal, le poète proposa son nom. Il fut élu président du ‘All-India Cachemire’ et il oeuvra pour que les droits des Cachemiriens soient respectés. Après la partition en 1948, il leva même une armée de volontaires, le ‘Furqan Force’ pour lutter pour la libération du Cachemire. Beaucoup de frères ahmadistes se sont battus courageusement aux côtés du Pakistan pour le Cachemire mais l’Histoire a la mémoire courte et le Pakistan est devenu amnésique… Il en paie aujourd’hui les conséquences. Cependant, l’œuvre de Dieu était en marche et le monde en effervescence mais la Parole divine se réalisait envers et contre tous : le ‘Musleh Maoud était le libérateur promis qui luttait pour les minorités opprimées. Il fut aidé en cela par le très-honorable et regretté Hadhrat Chaudry Zafrullah Khan(ra) qui avait entamé une carrière diplomatique et qui s’inspirait de l’aura spirituelle de son chef et guide suprême à chacune de ses interventions à l’Assemblée Générale des Etats Unies. Pendant ce temps, les forces anti-Ahmadiyya ne chômaient pas : le groupe ‘Ahrar’ nous déclarait la guerre mais nul ne pouvait contrecarrer cette mission divinement inspirée. Le Calife mena la communauté hors des eaux troubles et cette nouvelle victoire permit à la Djama’ate de créer le ‘Tahrik-i-Jadid’, un fonds qui allait aider à l’implantation des missions en terre étrangère afin d’assurer la survie de l’Islam hors de l’Inde et du Pakistan. Aujourd’hui si l’Ahmadiyya a des missions bien établies dans le monde entier c’est, Alhamdollillah, grâce au Tahrik-i-jadid.

Le domaine de la publication ne fut pas en reste : le Musleh Ma’oud nous a laissé un riche héritage littéraire, religieux et spirituel. Choisi pour dispenser au monde la connaissance, le Musleh Ma’oud a mis le Saint Coran à la portée de tous en le publiant en plusieurs langues et en offrant un commentaire éclairé du Saint Coran.

Mais d’autres épreuves nous attendaient et après la partition de l’Inde, ce fut le long exil. Qadian fut confié à 313 compagnons connus comme les Darvesh et ils devaient veiller sur la terre du Messie. Au Pakistan, on commença à chercher une terre d’asile et le 20 septembre 1948, sur un terrain aride et hostile où créchaient les scorpions et les serpents, Rabwah fut fondé.

Au bout d’un demi-siècle de Califat, la communauté ahmadiyya en Islam comptait plusieurs millions de membres repartis dans tous les pays du monde, du nord au sud, de l’est à l’ouest et en dépit des oppositions et des persécutions, la communauté continue à progresser sous le sceptre divin du Califat. Pour conclure, un dernier hommage à celui qui fut le Réformateur Promis, le Musleh Ma’oud, Hadhrat Mirza Bashiruddin Mahmoud Ahmad(ra) : à sa mort le 9 novembre 1965, le journal ‘The light’ publia un article à sa mémoire sous le titre ‘A Great Nation Builder’ (le bâtisseur d’une nation) et rien ne pouvait mieux illustrer la vie de celui qui a su construire autour de l’œuvre du Messie une telle organisation avec l’aide d’Allah. Il affirme lui-même que son nom sera inscrit dans la postérité car c’est le décret divin et en célébrant chaque année le Jour du Musleh Ma’oud, nous célébrons sa mémoire et accomplissons la promesse divine :

‘Viendra un temps où les gens proclameront en chœur : «Que la miséricorde divine descende sur ce grand serviteur de Dieu qui a sacrifié sa vie pour la cause d’Allah!» (Kalame Mahmud)